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Le matériel

Passoire à cocktail : quand le double filtrage change tout

Une passoire à cocktail se choisit sur l’écart entre deux spires, pas sur son dessin. Et le double filtrage, qu’on prend pour un raffinement de bar, règle un problème mécanique : ce qui passe la première ouverture continue de fondre dans le verre.

Par Baptiste S. — deux ans derrière le bar, en salle puis en discothèque. passionné de cocktails depuis.Mis à jour le 13 min de lecture

Ce que « double » veut dire

L’expression est trompeuse, et elle fait rater le geste à peu près tout le monde la première fois. « Double filtrage » ne veut pas dire filtrer deux fois. Il ne s’agit pas de verser dans un récipient intermédiaire puis de reverser, ni de repasser le liquide dans la même passoire. Le mot « double » compte les ouvertures que le liquide traverse, pas les gestes qu’on fait : deux filtres superposés, deux finesses différentes, et un seul mouvement continu du shaker vers le verre.

Concrètement, la passoire à ressort reste posée sur le shaker, maintenue par l’index. L’autre main tient un filtre à maille fine au-dessus du verre de service, à quelques centimètres du bord. On verse, et le liquide passe les deux étages d’affilée. Le geste prend le même temps qu’un versement ordinaire, à condition que le second filtre soit déjà en place avant qu’on décapsule le shaker — et c’est à peu près la seule chose à retenir sur la technique.

Reste la question que personne ne pose : pourquoi deux ouvertures plutôt qu’une seule, bien choisie ? La réponse est mécanique, et c’est elle qui justifie toute la suite de cet article. Une maille fine posée seule sur un shaker reçoit d’un coup la totalité des éclats de glace. Elle se charge en quelques secondes, le débit s’effondre, le liquide stagne au-dessus du filtre, et le verre arrive tiède après avoir perdu l’essentiel du froid qu’on venait de lui donner. L’étage grossier n’est pas là pour filtrer finement : il est là pour que l’étage fin ne reçoive que ce qu’il est capable de prendre sans se boucher.

C’est une cascade, pas une redondance. Le ressort prend la glace et les gros fragments, la maille ne voit plus arriver que de la pulpe, et le versement reste continu du début à la fin. Inverser l’ordre, ou supprimer le premier étage, ne donne pas un filtrage plus fin : cela donne un filtrage plus lent, ce qui est exactement le défaut qu’on cherchait à éviter. Le même raisonnement explique d’ailleurs pourquoi un shaker trois pièces dont la passoire est intégrée ne dispense pas d’acheter une passoire : sa plaque perforée est un premier étage, et rien de plus.

Les quatre résidus d’un shaker

Avant de choisir une ouverture, il faut savoir ce qu’on lui demande d’arrêter. Quatre résidus seulement arrivent sur une passoire à cocktail, et ils se classent par taille — ce qui tombe bien, puisque la taille est le seul critère qu’une ouverture sache lire.

Les éclats de glace sont les plus gros, et les seuls que le shaker fabrique lui-même. Quinze secondes de secouage transforment une partie de la surface des glaçons en fragments, quel que soit le format de départ : un gros cube en produit moins qu’une poignée de glace de bac, mais il en produit. C’est pour cette raison que le format de glace du shaker change la quantité d’éclats, sans jamais la ramener à zéro.

Les pépins viennent des fruits rouges écrasés au fond du shaker, et ils sont les seuls résidus qu’on remarque à la dernière gorgée plutôt qu’à la première : ils se déposent au fond du verre, où ils attendent qu’on les croque.

Les fragments de menthe arrivent ensuite, et ce sont les plus visibles de tous. Une feuille correctement froissée au pilon ne se déchire presque pas, mais « presque pas » suffit : secouée ensuite contre la glace, elle perd toujours quelques morceaux. Ils ne troublent pas le liquide, ils collent — à la paroi du verre, aux lèvres, aux dents. C’est le défaut qu’un convive remarque sans savoir le nommer.

Les grains de pulpe ferment la liste et ouvrent le vrai sujet. Un jus d’agrume pressé à la main en contient toujours, même quand le presse-agrumes a retenu le plus gros au pressage. Secoués vigoureusement, ces grains se divisent encore, et c’est ce nuage très fin qui trouble le liquide et donne au verre une texture légèrement rêche.

Ces quatre résidus n’ont pas le même coût. Trois se voient. Le quatrième, l’éclat de glace, se boit : passé dans un verre servi sans glace, il continue de fondre pendant toute la dégustation et dilue le cocktail alors que le dosage était juste. C’est le seul résidu dont le défaut n’est pas esthétique mais gustatif, et c’est lui qui justifie à lui seul l’existence du premier étage.

Trois passoires, trois usages

Trois objets se partagent le rayon, et ils ne sont pas trois qualités du même outil : ce sont trois usages différents, dont deux se complètent et un se substitue.

La passoire à ressort

Une plaque perforée, deux ergots qui la calent sur le bord du shaker, un manche, et surtout un ressort enroulé sur son pourtour. C’est la passoire de référence, celle qui sert sur un shaker comme sur un verre à mélange. Le détail qui surprend est que ce n’est pas la plaque qui filtre : ses perforations sont larges et laissent passer presque tout. Le filtrage réel se fait entre les spires du ressort, qui occupe l’espace entre le bord de la plaque et la paroi du récipient. Autrement dit, la pièce qui décide du résultat est la seule qu’aucune fiche produit ne décrit.

Beaucoup de modèles portent une languette mobile, qui décale le ressort vers l’avant ou vers l’arrière. Elle ouvre ou ferme le passage latéral, et règle donc le débit. Elle ne règle pas la finesse : l’écart entre deux spires ne change pas quand on la pousse. Sur une passoire à ressort lâche, elle ne rattrape rien du tout.

La passoire julep

Une coquille bombée et perforée, sans ressort, prolongée par un manche court. Elle ne se pose pas sur le récipient : elle se glisse dedans, face bombée vers le haut, et l’on verse en la maintenant du pouce. C’est la passoire des cocktails remués, et sa forme épouse un verre à mélange là où une passoire à ressort s’y cale de travers. Ses perforations larges n’arrêtent que la glace — ce qui suffit exactement, puisqu’un cocktail remué sur de gros glaçons ne fabrique pas d’éclats et ne contient rien d’autre en suspension.

Le filtre fin à main

Une maille tissée, montée sur un cercle et un manche. Ce n’est pas, à proprement parler, un objet de bar : un chinois de cuisine ou une passoire à thé de bon diamètre font le même travail. Deux détails le distinguent pourtant d’une passoire de cuisine quelconque. La maille doit être tissée et non emboutie dans une tôle percée — une tôle ne descend jamais assez fin. Et le diamètre doit couvrir le verre de service, pas le shaker : il se tient au-dessus du verre, c’est lui qui décide de ce qui arrive dedans.

La maille, et ce qu’elle retient

Tout se ramène maintenant à une seule comparaison : la taille de l’ouverture, face à la taille de ce qu’on veut arrêter. Rien d’autre n’entre en jeu — ni la matière, ni la marque, ni le poids, ni le nombre de perforations. Les quatre étages de filtrage possibles s’ordonnent donc du plus ouvert au plus fermé, et chacun ajoute un résidu à la liste de ce qu’il retient.

Les perforations d’une passoire julep arrêtent la glace et la laissent au-dessus. Tout le reste descend. C’est volontaire : sur un remué, il n’y a rien d’autre à arrêter.

Un ressort aux spires écartées, celui des passoires de coffret, ajoute les pépins. Il laisse encore passer les fragments de menthe, qui sont plus fins, et c’est très exactement le défaut qu’on lui reproche sans savoir le formuler.

Un ressort aux spires jointives arrête les fragments de menthe. C’est le saut le plus important de toute la série, parce qu’il sépare une passoire utilisable d’une passoire décorative, et parce qu’il porte sur le résidu le plus visible du répertoire. Il laisse passer la pulpe, et il est le dernier étage à le faire.

La maille fine tissée arrête la pulpe. Elle ferme la liste, et c’est sa seule raison d’exister : le second filtre du double filtrage sert à retenir un résidu, un seul, que le premier ne peut pas prendre.

Schéma interactif

Ce que l’ouverture de votre filtre laisse passer

Choisissez un étage de filtrage, puis cliquez ce que vous versez dessus pour voir s’il est arrêté.

L’ouverture de l’étage de filtrage choisi, et ce qu’elle arrête En haut, le filtre est dessiné de côté et grossi : les parties pleines en bleu, les ouvertures entre elles. Le liquide arrive par le dessus, le verre est en dessous. En bas, les quatre résidus qu’un shaker peut verser — éclat de glace, pépin de mûre, fragment de menthe, grain de pulpe — sont dessinés au même grossissement, en vert quand cet étage les arrête, en rouge quand ils passent dans le verre. Le dessin est à l’échelle comparative et non mesurée. La même information est reprise en toutes lettres dans la fiche qui suit. Le filtre examiné, vu de côté et grossi La passoire julep, perforations larges Au-dessus : ce que verse le shaker En dessous : le verre Ce qui arrive dessus, dessiné à la même échelle Éclat de glace Arrêté Pépin de mûre Passe Fragment de menthe Passe Grain de pulpe Passe Arrêté par ce filtre Passe dans le verre Échelle comparative entre les ouvertures et ce qu’elles arrêtent — aucune cote mesurée.

Ce que cet étage fait à ce résidu

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Ce qui manque à cet étage

Passoire à ressort, spires jointives

Une passoire julep n’a pas de ressort : elle arrête la glace et rien d’autre, ce qui suffit à un cocktail remué et à rien de ce qui sort d’un shaker. Un ressort jointif ajoute les trois résidus qu’elle laisse passer, sans rien changer au geste.

Le schéma rend visibles deux conclusions que la prose énonce mal. La première est que l’écart entre une passoire de coffret et une bonne passoire à ressort ne porte pas sur « la qualité » : il porte sur un résidu précis, la menthe, et sur rien d’autre. La seconde est que le second étage n’est pas un perfectionnement sans fin. Une fois la pulpe arrêtée, il n’y a plus rien à retenir, et aller plus fin encore ne ferait que ralentir le versement et tiédir le verre. Le double filtrage a une limite nette, et elle est atteinte en deux étages.

Quand le double filtrage change le verre

Le double filtrage a bonne réputation, ce qui lui vaut d’être appliqué partout, y compris là où il ne gagne rien. Trois conditions doivent se rejoindre pour qu’il change quelque chose au verre, et il suffit qu’une seule manque pour que le second étage devienne un coût sans contrepartie.

  1. Le verre a été secoué, ou quelque chose y a été écrasé. C’est ce qui fabrique les éclats et les fragments. Un cocktail remué sur de gros glaçons n’en produit pas.
  2. Il reste de la matière en suspension. Un jus d’agrume frais, des feuilles, un fruit. Trois ingrédients limpides ne laissent rien derrière eux.
  3. Il est servi sans glace dans le verre. C’est la condition la plus souvent oubliée et la plus décisive. Un cocktail servi sur glace se dilue de toute façon : un éclat passé ne change rien à son sort. Servi sans glace, le même éclat est la seule source de dilution restante.

Deux cas méritent une mention à part. Un cocktail monté directement dans son verre de service ne passe par aucun filtre : les feuilles et les quartiers restent dedans, et c’est la définition de la recette. Et sur un verre dont la texture est la matière en suspension — une mousse de café, par exemple — le second filtre retire précisément ce qu’on voulait servir. C’est le seul cas où le double filtrage ne coûte pas seulement du temps : il coûte le verre.

Interactif

Quelle passoire pour quel cocktail

Choisissez un verre du catalogue. Le bloc affiche ce qui décide du filtrage, puis la pile de filtres qui en découle.

La pile de filtres

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Ce que le sélecteur met en évidence, recette après recette, est que la réponse ne dépend jamais du prestige du cocktail mais de trois caractéristiques observables. Et le coût d’un second filtre inutile est réel : chaque seconde passée à chercher une maille dans un tiroir pendant que le shaker givre est de la température perdue, donc de la dilution gagnée. Sur un remué, dont tout l’intérêt est de contrôler la dilution au dixième, c’est un mauvais échange. La verrerie servie sans glace est le seul terrain où le second étage se justifie systématiquement.

Le ressort, le seul critère vérifiable

Vient la partie qui se joue sur une fiche produit. Une passoire à ressort s’achète sur quatre critères, dont un seul compte vraiment, et c’est malheureusement celui que les descriptions passent sous silence.

L’écart entre les spires est le critère réel. Les spires doivent se toucher presque partout : un ressort qu’on peut écarter du doigt sans effort laissera passer la menthe, et aucun second filtre ne rattrape cela, puisque ce qui est passé est passé. L’écart ne figure jamais dans les spécifications, mais il se voit sur une photo prise de face, et il se vérifie en une seconde dès qu’on a la pièce en main. C’est précisément pour cette raison que la passoire est, avec le doseur, l’une des deux pièces qu’on rachète presque toujours après un coffret de débutant : un ressort dense coûte plus cher à fabriquer, et son absence ne se voit pas sur un visuel de catalogue.

Le démontage du ressort vient ensuite, et c’est un critère d’hygiène autant que de durée. Un ressort qui se détache se rince sous l’eau chaude sur toute sa longueur ; un ressort soudé garde ce qu’il a retenu. Les obligations françaises sur les matériaux au contact des denrées alimentaires portent sur le produit tel qu’il est vendu : ce qu’il devient au fil des rinçages approximatifs relève de l’usage, pas de la fiche.

La finesse des perforations de la plaque arrive loin derrière, puisque ce n’est pas elle qui filtre, mais une plaque à gros trous laisse remonter un fragment par le dessus quand on incline fort le shaker. Les ergots et le manche, enfin, décident du confort : deux ergots qui se calent franchement sur le bord évitent que la passoire pivote en fin de versement, moment où le liquide passe volontiers à côté.

Sur la matière, il n’y a pas de débat. L’inox est le standard de toute la famille, pour la même raison que sur le reste du matériel de bar : il ne retient ni odeur ni couleur, il ne réagit pas aux jus acides, et un ressort en inox garde sa tension. Les finitions colorées ou dorées sont un revêtement appliqué sur cet inox, et ce qu’un revêtement devient au contact répété du citron se devine.

Le geste à deux mains

Le double filtrage ne demande aucune habileté, mais il demande un ordre. Fait dans le mauvais ordre, il coûte la température du verre, et le gain de netteté ne compense pas la perte.

Le verre de service se refroidit en premier, avant même qu’on touche au shaker. Le filtre fin se pose ensuite sur ce verre, à plat, pendant que le reste se prépare : c’est le point qui change tout, parce qu’un filtre qu’on va chercher après le secouage coûte plusieurs secondes au pire moment. On secoue. On cale la passoire à ressort bien à plat sur le bord du shaker, index dessus, et l’on reprend le filtre fin de l’autre main.

Le versement se fait d’un seul mouvement continu, sans reprise, le filtre fin tenu à deux ou trois centimètres au-dessus du verre — assez haut pour voir ce qui se passe, assez bas pour que rien n’éclabousse. Quand le shaker est vide, un coup sec contre le talon de la main fait tomber ce qui reste accroché sous la maille. Sur un cocktail à mousse, c’est ce dernier geste qui récupère le plus de volume.

Pour un cocktail remué, le geste est plus simple et l’ordre identique : la passoire julep se glisse dans le verre à mélange face bombée vers le haut, le pouce la maintient contre la paroi, et l’on verse sans jamais chercher un second filtre — il n’aurait rien à retenir.

Ce qui rate malgré le double filtrage

Il arrive qu’un verre sorte raté alors que les deux étages étaient en place. Les symptômes sont plus bavards qu’on ne le croit, et surtout ils ne désignent pas tous le même coupable : un point vert collé à la paroi et un liquide trouble n’accusent pas la même ouverture. Quatre causes couvrent l’ensemble des cas, et deux d’entre elles ne s’achètent pas.

Le premier filtre laisse passer. Des éclats qui flottent, des points verts, un dépôt qui croque : les trois accusent l’ouverture du premier étage, et aucun ne se corrige par le second. C’est la seule cause qui demande vraiment de remplacer une pièce.

Il n’y a pas de second filtre. Un liquide trouble là où la recette donne un verre limpide n’accuse jamais la passoire à ressort : la pulpe passe le ressort le plus jointif, par construction. Elle accuse l’étage manquant.

Le geste. Un verre tiède et un liquide qui coule entre la passoire et le bord du shaker viennent du même endroit. Le premier dit que le filtre fin a été cherché trop tard, le second qu’une passoire mal calée a pivoté en fin de versement. Aucun matériel neuf n’y change quelque chose.

Le filtre est chargé. Un versement qui ralentit de verre en verre est un filtre qu’on n’a pas rincé. C’est la cause la plus fréquente et la moins chère à traiter.

Interactif

Ce que votre verre dit du filtre qui a cédé

Cochez ce que vous voyez dans le verre. Le bloc remonte à l’étage responsable, et dit s’il s’achète ou se corrige.

Ce que vous constatez dans le verre

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L’ordre de traitement proposé par le diagnostic n’est pas une préférence : corriger le second étage avant le premier revient à filtrer finement ce qui est déjà passé à côté. Et sur quatre causes, deux se règlent avec de l’eau chaude et une habitude — ce qui vaut la peine d’être vérifié avant d’ouvrir un catalogue.

Ce que la passoire garde de la veille

Un ressort et une maille tissée ont pour fonction de retenir des particules fines. C’est très exactement pour cela qu’ils en gardent : la géométrie qui arrête la pulpe est aussi celle qui la coince. Une passoire mal rincée ne pose pas seulement un problème de débit, elle reverse dans le verre suivant ce qu’elle avait retenu du précédent, et une menthe de la veille se sent.

Le rinçage se fait à l’eau chaude immédiatement après le versement, ressort démonté quand il se détache. C’est un geste de dix secondes au moment où la passoire est encore humide, et un quart d’heure de brossage le lendemain. Pour le lave-vaisselle, la prudence est de s’en abstenir sur la passoire à ressort : les cycles chauds et les détergents alcalins sont ce qui fait perdre leur tension aux ressorts, et un ressort détendu est une passoire perdue — le défaut qu’on cherchait précisément à éviter à l’achat.

Deux signes disent qu’une passoire est à remplacer plutôt qu’à laver. Un ressort qui ne revient plus en place quand on l’écarte du doigt a perdu sa tension, et son écart de spires ne se rétablira pas. Une maille tissée enfoncée ou déformée en un point laisse passer tout ce qu’elle retenait, par ce point. Dans les deux cas, les obligations qui s’appliquent aux matériaux au contact des denrées alimentaires portent sur l’objet tel qu’il a été mis sur le marché, pas sur son état après deux saisons : un filtre déformé se remplace, il ne se rattrape pas.

Reste l’essentiel, et il tient en peu de mots. La passoire est la pièce du matériel de bar dont le critère décisif est le moins visible : non pas sa forme, non pas sa marque, non pas sa plaque, mais l’écart entre deux spires d’un ressort que personne ne mesure. Le double filtrage, lui, n’est pas un geste de bar supérieur : c’est une cascade à deux étages qui existe pour un seul résidu, la pulpe, et qui s’arrête là. Savoir quand il ne sert à rien vaut autant que savoir le faire.

Ce qu'on nous demande

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le double filtrage d’un cocktail ?

C'est le passage du liquide à travers deux ouvertures différentes, dans un seul mouvement de versement : la passoire à ressort posée sur le shaker, puis un filtre fin à maille tissée tenu au-dessus du verre de service. Le mot « double » compte les filtres, pas les gestes — on ne verse pas deux fois, on ne filtre pas deux fois de suite dans un récipient intermédiaire. Le premier étage arrête la glace et les gros fragments, le second retient la pulpe, qui est la seule chose qu'un ressort ne peut pas retenir.

Quelle passoire à cocktail choisir si l’on n’en prend qu’une ?

La passoire à ressort, à condition que les spires du ressort soient presque jointives. C'est elle qui couvre le plus grand nombre de recettes, parce qu'elle se pose sur un shaker comme sur un verre à mélange et qu'elle arrête trois des quatre résidus. La passoire julep est plus confortable sur un remué mais ne retient que la glace ; le filtre fin ne s'utilise jamais seul, puisqu'il se boucherait sur le premier éclat. Si le budget ne permet qu'une pièce, c'est le ressort — et le second étage s'ajoute plus tard.

Faut-il doubler le filtrage sur tous les cocktails ?

Non, et sur un cocktail remué c'est même une perte. Le second filtre ne gagne quelque chose que si trois conditions se rejoignent : le verre a été secoué ou quelque chose y a été écrasé, il reste de la matière en suspension, et il est servi sans glace. Un negroni remué sur un gros glaçon ne remplit aucune des trois. Un cocktail monté directement dans son verre ne passe par aucun filtre. Et sur un verre dont la texture est précisément la matière en suspension, le second étage retire ce qu'on voulait servir.

Un filtre fin à maille peut-il remplacer la passoire à ressort ?

Non, et c'est une erreur d'ordre plus que de matériel. Une maille tissée posée seule sur un shaker reçoit tous les éclats de glace d'un coup : elle se charge en quelques secondes, le versement ralentit, le liquide stagne au-dessus du filtre et le verre arrive tiède. L'étage grossier existe pour protéger l'étage fin, exactement comme en filtration industrielle. Le ressort prend les éclats et les fragments, la maille ne reçoit plus que la pulpe, et le versement reste continu.

À quoi sert la languette mobile d’une passoire à ressort ?

Elle décale le ressort d'un côté ou de l'autre de la plaque perforée, ce qui resserre ou élargit le passage entre le bord de la passoire et la paroi du shaker. Poussée vers l'avant, elle ferme le passage et filtre plus serré ; tirée vers l'arrière, elle l'ouvre et verse plus vite. C'est un réglage de débit, pas un réglage de finesse : il ne change rien à l'écart entre deux spires, qui reste le seul critère réel de la passoire. Sur un modèle à ressort lâche, la languette ne rattrape rien.

La passoire des coffrets de bar est-elle utilisable ?

Rarement en l'état, et c'est la pièce que l'on rachète le plus souvent. Le défaut est toujours le même : un ressort dont les spires sont écartées, parce qu'un ressort dense coûte plus cher à fabriquer et que l'écart ne se voit pas sur une photo de catalogue prise de trois quarts. Les éclats de glace et les fragments de menthe passent, et aucun second filtre ne rattrape une première ouverture trop large. Le critère se vérifie pourtant à l'œil dès qu'on a la pièce en main : les spires doivent se toucher presque partout.

Le matériel

Les deux étages, et ce qui leur sert de support

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  • Passoire à ressort, spires jointives

    C’est le premier étage, celui qui arrête trois résidus sur quatre, et le seul qui s’utilise seul sur un grand nombre de recettes.

    Le critère qui décide : Spires du ressort presque jointives sur toute la longueur, plaque à perforations fines, ressort démontable pour le rinçage.

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  • Filtre fin à main, maille tissée

    Le second étage du double filtrage : il retient la pulpe d’agrume, que le ressort le plus dense laisse passer.

    Le critère qui décide : Maille tissée fine et non une tôle perforée, diamètre qui couvre le verre de service, manche assez long pour tenir le filtre sans se brûler les doigts au shaker.

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  • Passoire julep

    La passoire des cocktails remués : elle se cale dans le verre à mélange et verse d’un geste, là où une passoire à ressort s’y tient mal.

    Le critère qui décide : Coquille bombée aux dimensions du verre à mélange, perforations régulières, inox d’un seul tenant sans soudure visible.

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  • Verre à mélange à bec verseur

    Sans lui, la passoire julep n’a nulle part où se poser, et les cocktails remués se font dans un shaker qui les secoue malgré soi.

    Le critère qui décide : Paroi épaisse, fond lourd, bec verseur net, capacité d’au moins 50 cl pour monter deux verres à la suite.

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Le verre au bout

Cinq verres qui se jouent au versement

Tout le catalogue

Quatre recettes du catalogue où le filtrage décide de la texture du verre, et une cinquième qui montre exactement quand il ne faut pas doubler.

Vérifiable

Sources

Les liens s'ouvrent dans un nouvel onglet et pointent vers l'éditeur d'origine. Ce qui n'est pas sourcé ici relève de la pratique, et la page le dit à l'endroit concerné.

  1. 1Les cocktails officiels de l’IBAInternational Bartenders AssociationLa liste normalisée des cocktails et leurs proportions de référence.
  2. 2Matériaux au contact des denrées alimentairesDGCCRF — ministère de l’ÉconomieLes obligations applicables aux moules, bacs et ustensiles en contact avec l’alimentation.
  3. 3Travaux sur les matériaux au contact des alimentsANSESL’état des connaissances sur les silicones et plastiques de cuisine.
  4. 4Alcool : les repères de consommation à moindre risqueSanté publique FranceLes repères officiels français et la définition du verre standard.